Concurrences et coopérations professionnelles

La couverture des visites politiques par les journalistes de télévision au Salon international de l’agriculture

Professional Competition and Cooperation. TV News Coverage of Politicians’ Visits to the Salon international de l’agriculture

Competiciones y cooperaciones profesionales. La cobertura mediática de las visitas políticas al Salón internacional de la Agricultura por los periodistas de televisión

Ivan Chupin and Pierre Mayance

Translation(s):
Professional Competition and Cooperation

References

Electronic reference

Ivan Chupin and Pierre Mayance, « Concurrences et coopérations professionnelles », Biens symboliques / Symbolic Goods [Online], 6 | 2020, Online since 30 April 2020, connection on 28 October 2020. URL : https://revue.biens-symboliques.net/407

Cet article interroge les conditions de production d’une information politique télévisuelle « en direct », dans un contexte de forte concurrence médiatique, de dépendance aux sources et d’importantes contraintes temporelles et spatiales. En déployant une ethnographie du journalisme sur le terrain hors des salles de rédaction, il s’intéresse aux visites des politiques au Salon international de l’agriculture qui se tient à Paris chaque année. L’analyse de ce rituel politique institutionnalisé permet, au-delà des cadrages attendus, de mettre au jour les concurrences et coopérations professionnelles des journalistes de télévision qui cherchent à obtenir des images et des sons propres. Ce cas nous renseigne sur les transformations de la couverture télévisuelle des visites politiques, sous le double prisme de l’irruption des chaînes d’information en continu et des stratégies déployées par les politiques. Il questionne enfin l’émergence d’un modèle de journaliste-animateur en direct qui tend à s’imposer à l’ensemble du champ journalistique.

This article examines the conditions of production of a live television political information service in a context of fierce media competition, dependency on sources, and considerable temporal and spatial constraints. By means of an in-the-field ethnography, outside the newsroom, it focuses on politicians’ visits to the Salon international de l’agriculture, which takes place each year in Paris. Analysis of this institutionalized political ritual provides a fresh perspective, beyond the expected framework, at professional competition and cooperation between television journalists seeking to obtain their own video footage and sound recordings. This case reveals developments in television coverage of political visits both in terms of the explosion of twenty-four-hour news channels and of the strategies deployed by politicians. Finally, it questions the emergence of a model of live journalist-presenter that is becoming ubiquitous throughout the journalistic field.

Este artículo examina las condiciones de producción de la información política televisiva «en directo» en el contexto de fuerte competición mediática, dependencia de las fuentes e importantes constricciones temporales y espaciales. Desarrollando una etnografía del periodismo en terreno, fuera de las salas de redacción, este artículo se centra en las visitas de políticos al Salón Internacional de la Agricultura que tiene lugar cada año en Paris. El análisis de ese ritual político institucionalizado, más allá de los encuadres esperados, permite actualizar las competiciones y cooperaciones profesionales de periodistas de televisión que buscan obtener imágenes y sonidos propios. Este caso nos instruye acerca de las transformaciones de la cobertura televisiva de las visitas políticas, a través del doble prisma de la irrupción de los canales de información continua y de las estrategias desplegadas por los políticos. Finalmente, este artículo cuestiona la emergencia de un modelo de periodista-animador en directo que tiende a imponerse al conjunto del campo periodístico.

L’image de Nicolas Sarkozy à cheval en Camargue baladant dans un chariot un groupe de journalistes est venue résumer la domination du politique sur les journalistes en campagne. Elle a donné lieu à diverses dénonciations par des analystes politiques (Duhamel & Field 2005). Or, s’en tenir à cette critique ne permet pas de bien saisir ce qu’il y a de plus structurel dans cette domination, qui est loin d’être univoque, ainsi que son enracinement dans des dispositifs techniques. C’est à l’aune de cette problématique que cet article se propose d’aborder la question de la co-construction de l’« événement médiatique » que constituent les déplacements politiques en analysant le cas des visites au Salon international de l’agriculture (SIA).

Le Salon de l’agriculture s’est progressivement imposé comme un passage obligé pour les politiques chaque année, fin février-début mars, à Paris1. La semaine du Salon est un événement pour les médias. Les visites font partie de cette actualité. Elles constituent de véritables rituels politiques couverts notamment par les journalistes télévisuels. Nous proposons ici d’interroger les conditions de production d’une information politique télévisuelle « en direct », dans un contexte de forte concurrence médiatique, de dépendance aux sources et d’importantes contraintes temporelles et spatiales.

Nous étudions ici le travail journalistique dans le cadre de ces visites qui consistent, en pratique, en la gravitation d’un groupe d’individus autour des politiques. Ce groupe réunit l’entourage politique, les journalistes, mais aussi les services de sécurité et les membres du protocole du SIA responsables du bon déroulement de la visite (respect de l’agenda, orientation dans les allées du salon, etc.). Sa taille varie en fonction de l’importance du candidat et du contexte politique (élections). Il existe en tant que « pool présidentiel » sous sa forme la plus institutionnalisée dans laquelle les journalistes doivent recevoir une accréditation spéciale de la part de la présidence pour couvrir l’événement.

Les études portant sur les communicants et les journalistes retiennent peu cet aspect (Legavre 2011 ; Kaciaf 2013) de l’organisation du travail journalistique lors des déplacements des politiques. Elles privilégient le décryptage des logiques du off the record (Legavre 1992), des stratégies et des cadrages (Gertslé & Piar 2016) ou de la fabrique des petites phrases (Neveu 2009). S’il existe, dans la littérature de sciences sociales, plusieurs travaux sur les militaires et le caractère embedded des reporters (Charon & Mercier 2004 ; Gatien 2009 ; Lindner 2009 ; Mac Laughin 2016), rares sont ceux qui portent sur ces formes d’encadrement pratique en temps civil2. Cet article envisage de combler pour partie cette lacune et participe aussi d’une sociologie politique des campagnes (Baamara et al. 2017) qui prend en compte le rôle des médias. La télévision est un espace de luttes mais également de complémentarités entre corps professionnels (Pasquier 2008 ; Mille 2016). Travailler sur un groupe de journalistes (organisé ou non en pool présidentiel) qui suit les politiques en s’intéressant aux pratiques permet ainsi de réactualiser des analyses sur l’économie de l’information en continu (Baisnée & Marchetti 2002 ; Boczkowski 2004) dont la plupart des constats restent valides. L’article s’inscrit dans une tradition ethnographique de la fabrication de l’information très vivace dans la littérature anglo-saxonne des années 1970 (Tunstall 1971 ; Warner 1971 ; Tuchman 1973 ; Schlesinger 1978 ; Gans 1979) qui s’est depuis essoufflée malgré un appel à son renouveau dans les années 2000 (Cottle 2000). Par ailleurs, cette approche reste bien souvent cantonnée à une ethnographie de la rédaction (newsroom) même si elle intègre de plus en plus, hors des seuls journalistes, le rôle des divers intermédiaires de l’information comme les programmeurs, les infographistes à l’ère du numérique (Boczkowski 2015, 2017). Nous observons sur le terrain, en extérieur, les spécificités d’un travail journalistique « en direct » proche de l’instantanéité, soulignant ainsi la redéfinition de la contrainte du temps dans le métier qui participe à l’uniformisation des biens symboliques produits.

Le terrain et la méthode
Les journalistes sont étudiés dans le cadre du Salon international de l’agriculture (SIA) qui se tient chaque année fin février début mars à Paris. Cet événement réunit plus de six cent mille visiteurs venus observer les animaux et les produits régionaux rassemblés Porte de Versailles. Chaque année de nombreux hommes et femmes politiques s’y rendent. Outil de relations publiques, il est un moment de lobbying pour les acteurs du secteur de l’agriculture et de l’agro-alimentaire.
Sur le plan de la temporalité, nous avons enquêté dans une conjoncture de campagne présidentielle (2017), une conjoncture plus ordinaire (2018), et dans la période de pré-lancement d’une campagne européenne (2019). Lors des présidentielles de 2017, les principaux candidats sont François Fillon pour la droite (Les Républicains-LR), Marine Le Pen pour l’extrême-droite (Front National-FN) et Jean-Luc Mélenchon pour la « gauche de la gauche » (France insoumise-FI). Emmanuel Macron (En marche, EM) qui s’imposera en définitive comme président a longtemps été considéré comme un candidat moins probable mais il a pu bénéficier de la sortie d’affaires disqualifiant durablement le candidat de la droite et de l’effondrement de la campagne de Benoît Hamon (Parti socialiste-PS). Sa visite au Salon le 1er mars est ainsi moins suivie par les journalistes qui préfèrent couvrir celle de F. Fillon (Chupin & Mayance 2018a).
Le matériau mobilisé est ici ethnographique, ce qui constitue un apport car cette pratique de l’observation in situ reste peu utilisée par les spécialistes des médias (Tuntstall 1971 ; Siracusa 2001 ; Hubé 2008 ; Berthaut 2013 ; Christin 2014) et encore moins lorsqu’il s’agit de télévision (Siracusa 2001 ; Berthaut 2013). Si les visites présidentielles ont déjà pu être travaillées (Mariot 2007), la venue au Salon des politiques comme objet n’a pas encore été abordée. Sur le plan de la méthode, nous nous appuyons sur des notes de terrain prises tout le long des visites, ainsi que sur des photos, vidéos et sons réalisés par nos soins. Nous avons également complété ces notes par des entretiens, notamment avec les organisateurs et leurs services. Enfin, nous avons réalisé une analyse des contenus principaux des produits qui en sont tirés sur les grandes chaînes de télévision (images/reportages télévisés) que sont TF1, France 2 et BFM3. Si nous avons pu observer aussi d’autres médias (presse, radio) au travail, il s’agit ici d’analyser celui des journalistes de télévision.

Les journalistes de télévision se confrontent à un type particulier de visite. Le Salon de l’agriculture constitue en effet un rituel politique, dont l’importance est renforcée en période électorale. En relation avec les hommes et les femmes politiques, ils et elles participent à la co-production de cet événement. Les journalistes, tour à tour concurrents et partenaires, s’efforcent de fabriquer tant bien que mal des images et des sons en situation de contrainte. Ce cas nous renseigne sur les transformations de la couverture télévisuelle des visites politiques, sous le double prisme de l’irruption des chaînes d’information en continu et des stratégies déployées par les politiques.

1. La visite politique au Salon de l’agriculture comme rituel

1.1. Une visite (en)cadrée

Les visites politiques au Salon de l’agriculture, réussite de la profession agricole et des pouvoirs publics, mobilisent chaque année un nombre important de journalistes, surtout en période électorale. Ils ne sont pas les seuls à accompagner les politiques. On trouve aussi des soutiens, qu’ils ou elles soient élu·e·s ou non, des assistant·e·s, des communicant·e·s, ainsi que quelques militant·e·s qui, au Salon, tendent à rester discrets. Enfin, il y a le public qui cherche à se rapprocher des personnalités : il est encadré par les services de sécurité (publics et privés) et ceux du protocole, chargés de maintenir un espace autours des politiques tout en permettant aux médias d’être proches et de pouvoir travailler. Les visites sont donc le résultat d’une construction collective et sont fortement codifiées : elles constituent ainsi une sorte de rituel.

Du côté des journalistes, le caractère très « grand public » du SIA mobilise un large éventail de médias (près de deux mille accrédité·e·s) : journalistes de presse écrite, de radio, de télévision et photographes pour des médias tant locaux qu’internationaux, tant politiques que généralistes. Le public est la plupart du temps de facto maintenu à distance par le groupe qui suit les politiques dans des allées du Salon. Les visiteurs veulent parfois savoir/voir qui ils ou elles sont (le groupe qui entoure les politiques faisant écran) et demandent parfois à prendre une photo. L’organisation du Salon (Centre national des expositions et concours agricoles/CENECA) chapote ce dispositif. Ses services dressent une liste des personnes éligibles au protocole. Le président de la République, le Premier ministre, les anciens présidents et Premiers ministres en font partie. C’est le cas aussi des politiques nationaux de premier plan, ainsi que les chef·fe·s d’État étranger·ère·s et des ambassadeur·rice·s. Cette liste comprenait, en 2017, cinquante personnes4. S’ensuit un échange entre l’équipe du « VIP » et les services du protocole. Ensemble, ils décident du parcours emprunté au Salon, des allées et stands qu’ils entendent visiter. Le protocole propose un parcours « type » et répond aux attentes des entourages des politiques. Le trajet est parfois contrôlé par les services de la protection des personnalités et donc amendé pour des raisons de sécurité. Les organisateurs fournissent un dispositif privé de protection rapprochée, notamment doté d’un ou plusieurs « physios » : souvent recrutés parmi les anciens agents des forces de l’ordre, ceux-ci travaillent à côté des personnes du protocole dont la mission consiste aussi à guider le visiteur dans les allées du Salon. Le protocole ne communique pas aux journalistes les informations concernant les heures d’arrivée, de départ ou encore le parcours. Ce sont les responsables de la communication des politiques qui donnent rendez-vous (et parfois le programme) aux médias, souvent seulement la veille de la venue au SIA. Ils communiquent ensuite en temps réel avec les journalistes tout au long du déroulement de l’événement.

Concernant le parcours, il est le résultat d’une logique double : fournir des images mais aussi permettre les rencontres avec le secteur agricole5. Loin des représentations médiatiques qui en sont données, le Salon international de l’agriculture est aussi une opportunité pour les hommes politiques d’échanger concrètement avec divers groupes d’intérêts. Pour la plupart d’entre eux, rencontrer ces lobbies et ces syndicats constitue la principale activité en termes de temps. Leur parcours les amène à rencontrer généralement une dizaine d’organisations, des représentants des filières6 aux syndicats généralistes7, pour des échanges qui durent souvent plus de vingt minutes, la plupart du temps à huis-clos8. L’accès des journalistes n’y est pas autorisé. Ils et elles ne traitent pas des visites off qui pourtant sont autant d’éléments9 de distinction des stratégies des politiques. Ils jouent en revanche le jeu de la mise en scène des rituels.

1.2. Images attendues et traitement ordinaire de la politique

La relative similitude des parcours et l’encadrement par le protocole participent de l’uniformisation des biens produits. La visite au Salon sert de sondage grandeur nature pour les journalistes qui leur permet d’intervenir dans le débat public à l’instar des sondages ordinaires (Champagne 1990, Kaciaf 2013). Ainsi, lors de la visite de Marine Le Pen au Salon en 2017, il est rappelé par le présentateur de TF1 qui lance ce sujet télévisé que « son père10 avait été hué en 2002 » alors que l’accueil de « Marine11 » cette année aurait traduit davantage de « chaleur » de la part des agriculteurs12. De la même manière, lors du sujet relatant la visite du président de la République François Hollande – qui ouvre le Salon en 2017 –, le journaliste précise : « L’an dernier François Hollande avait été hué puis chahuté dans les allées du Salon de l’agriculture. Ce matin l’accueil est plus souriant, selfies et encouragements13. » Les journalistes peuvent ainsi se mettre en position d’évaluateur de la réussite ou non de la visite, et donc du soutien ou non supposé du secteur agricole et du peuple français croisé dans les allées du Salon. On retrouve aussi régulièrement dans les sujets télévisés les « petites phrases » des politiques. Par exemple, M. Le Pen se fait reprendre dans les journaux lors d’un échange avec un agriculteur où elle affirme qu’« on a toujours mieux commercé quand il n’y avait pas l’Union européenne ». On retrouve cette affirmation dans les deux journaux télévisés de TF1 et France 214.

Le traitement médiatique de la venue des politiques est également représentatif d’un traitement journalistique centré sur le jeu au détriment des enjeux puisque les politiques se voient mis en scène exclusivement dans des plans stéréotypés, tantôt en contact avec des animaux, tantôt en train de manger des produits régionaux. Ce type de mise en scène médiatique contribue à renforcer l’image de proximité avec le grand public et les éleveurs que les politiques peuvent renvoyer d’eux. En sujets télévisés, les politiques sont souvent filmés dans le hall 1 du parc des expositions de la porte de Versailles au contact de certains animaux, notamment des vaches15. Le sujet16 sur la visite du président F. Hollande s’ouvre par un plan-séquence dans l’enclos de la vache-égérie17 qui fait office de lieu très institutionnalisé de prise de vue pour les photographes. Le président plaisante à voix haute avec les journalistes et les photographes qui sont hors de l’enclos en leur demandant s’« ils ont eu la vache18 ». M. Le Pen n’échappe pas à cette mise en scène d’elle-même au contact des animaux et de la nature puisque, dans le sujet qui lui est consacré sur TF1 en 2017, on la voit en train de discuter de la politique agricole européenne avec deux éleveurs bovins pris au milieu de leurs bêtes. Sur France 2, on la retrouve également en train de poser peu de temps après son arrivée dans l’enclos de la vache-égérie en compagnie de Gilbert Collard19 et de Florian Philippot20. Quand ils ne discutent pas avec des agriculteurs, les politiques apparaissent souvent en train de déguster des produits du terroir (fromage, saucisson). On retrouve ce type de cadres routiniers sur TF1 pour la visite de F. Hollande mais aussi pour celle du premier ministre Bernard Cazeneuve. Le Salon donne lieu à la mise en scène du corps des politiques dont le cas de l’ancien président Jacques Chirac, ingurgitant de nombreux aliments et boissons alcoolisés, constitue sans doute l’exemple le plus archétypal. Ils doivent montrer leur résistance et leur grande capacité à ingurgiter des produits de plusieurs terroirs, ce qui renvoie à une forme de générosité et à un amour presque charnel de leur pays (et de son patrimoine culinaire) dans l’ensemble de ses composantes.

2. Les visites, quels enjeux pour les journalistes de la télévision ?

2.1. Un sale boulot ? La concurrence des corps pour l’accès à l’image

Toute visite suscite la constitution d’un important groupe de journalistes qui suivent les politiques, eux-mêmes protégés au sein d’une bulle par leur sécurité rapprochée. Si bien que lorsqu’ils se déplacent, c’est un groupe de quelques personnes à presque une centaine qui doit se mouvoir. Ainsi, en 2017, la visite de M. Le Pen mobilise de très nombreux journalistes dont certains travaillent pour les télévisions étrangères : ZDF, le premier canal russe, l’agence Reuters, la NHK (Japon), la Radio Popolare (Italie), etc. Dans de telles conditions, le tournage devient vite une épreuve, notamment pour les journalistes reporters d’images (JRI)21 qui doivent jouer des coudes pour avoir une image que personne ne peut leur garantir dans cette concurrence ouverte. Pendant cette visite, un journaliste se plaint que « personne ne peut bosser », un JRI de TF1 face à la cohue constate que « le boulot, en général, c’est de faire de l’image », mais qu’« ici, on n’est pas journaliste télé ». Ils parlent entre collègues pendant que d’autres journalistes télévisuels démontent un panneau pour se positionner plus haut que les autres afin de pouvoir tourner une image22. Ils ne sont pas les seuls à suivre les politiques, ils sont en concurrence pour occuper un même espace avec d’autres journalistes ainsi que d’autres agents. En effet, impossible de suivre la visite si on se trouve à plus de quelques mètres du politique : on ne capte ni visuel, ni son. Tout type de médias (télévision, radios, presse écrite, en ligne) cherche à obtenir des informations, soit par un système de collectivisation de la prise de son, soit par une présence au plus proche, mais qui les met en concurrence avec les cameramen de télévision. Ceux-ci doivent d’ailleurs depuis quelques années composer avec d’autres agents qui cherchent à capter des images qui étaient jusqu’alors leur monopole. Des pure players23 sont apparus. JRI, ils produisent des reportages diffusés sur YouTube dont les images sont revendues par leur agence aux chaînes de télévision (notamment étrangères) intéressées. C’est aussi le cas pour les web TV, ou les blogueurs. Les journalistes de radio ou de presse écrite sont de plus en plus poussés par leurs rédactions à réaliser aussi de courts formats vidéo. La prise d’image et de son même est ainsi devenue encore plus concurrentielle.

Lors des visites alternent des moments de concurrence forte pour obtenir et tenir une place permettant une bonne prise de vue et des moments de relative stabilité quand les politiques restent statiques et échangent avec des profanes ou répondent aux journalistes. L’enjeu, pour chacun des cameramen et des perchistes, est de prendre et de tenir sa place au plus près du candidat. La production de belles images vise à correspondre aux visuels attendus du rituel de la visite, mais aussi à des éléments matériels (cadrage, qualité du son, etc.). Dans cette cohue, le JRI est celui dont le corps est le plus soumis à l’épreuve : il doit obtenir des images propres, c’est-à-dire avoir un angle direct sur les politiques et leurs interactions. Les perchistes sont responsables du son. Ils disposent de perches de plus de trois mètres vingt (standard). Positionnés derrières les cameramen, ils sont essentiels pour écouter ce qui se passe. Plus ils sont nombreux, plus ils doivent tenir la perche à bout de bras à distance. La lutte entre cameramen pour les places au plus proche des politiques se rejoue, à quelques mètres, entre perchistes avec cet enjeu redoutable : si une image peut être coupée ou remontée, la prise de son s’avère, elle, inexploitable si la phrase et les échanges sont incomplets. On assiste parfois à des combats de perches pour le meilleur positionnement dans cet espace limité tant pour la prise de son que d’images. Pour fournir un exemple de l’intensité de cette présence journalistique, on peut compter plus d’une vingtaine de perches pour la visite de M. Le Pen comme candidate, positionnées à la sortie de l’enclos de la vache égérie du Salon le 28 février 2017 à 9h43 [voir illustration 1]. Dans cet exemple, ne sont pas pris en compte les JRI qui disposent d’un micro positionné directement sur leur caméra et ne sont pas accompagnés d’un perchiste. La prise de son est essentielle pour les journalistes rédacteurs. Dans l’impossibilité d’écouter les échanges s’ils ne sont pas positionnés à un ou deux mètres des politiques, la perche ou le micro constitue un relais qui leur permet d’élaborer leur commentaire. Ce même mécanisme joue pour les journalistes de radio qui ne peuvent pas, autrement, commenter les propos des politiques.

La couverture médiatique d’une visite constitue une épreuve véritablement physique, renforcée en période électorale. Ces visites durent le plus souvent sept heures, voire 14 heures et 40 minutes pour la visite présidentielle record d’E. Macron en 2019. Les équipes télévisuelles cherchent alors à être relevées, mais restent bien souvent mobilisées la majeure partie du temps. Lorsque le groupe de journalistes suiviste est important, cela valorise des compétences comme la force physique et permet d’exhiber son habitus professionnel « de terrain ». On rejoint ici des analyses de Loïc Wacquant sur l’habitus pugillistique et ses effets en termes d’apprentissage sur le corps (Wacquant 2002). Or, à la différence du boxeur, le journaliste est communément pensé comme un travailleur intellectuel : on peine à le relier à une activité mettant en avant la condition physique. L’augmentation de la taille des groupes de journalistes qui suivent les politiques contribue de fait à viriliser les métiers de JRI et de photographe dont les statistiques soulignent le côté très masculin (Devillard et al. 2001, Leteinturier 2014), même si on note une féminisation récente dans les écoles de journalisme. Dans cette mêlée, la taille peut constituer un problème et un facteur également discriminant. C’est ce que ressentent bien une journaliste de APTVnews ou un journaliste de TF1 qui, interrogés à ce sujet, expriment alors le pouvoir inattendu des journalistes de grande taille (Herpin 2006) dans la prise d’images. Dans ces journées particulièrement éprouvantes, les périodes de rencontre des politiques au sein du Salon « invisible » avec les représentants du secteur constituent des pauses bienvenues pour les journalistes.

Fig. 1. Une intense présence journalistique (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Image 1000000000000A00000007808E02B3F9.jpg

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

2.2. Des stratégies des journalistes, entre coopération et évitement

Les visites produisent donc une lutte pour les places autour des politiques. Leur nombre limité et la dureté du métier poussent néanmoins les journalistes à coopérer ou à mettre en place des stratégies pour s’en sortir. Ainsi les journalistes, et en premier lieu ceux de la télévision, cherchent à s’organiser collectivement pour stabiliser et améliorer leurs conditions de travail. Le temps de mise en place précédant l’arrivée des politiques au Salon ou le temps de sortie d’un stand fermé ou d’une zone de repos sont fortement stratégiques. Il s’agit alors, pour les cameramen et perchistes de la télévision et des autres médias, de se mettre en couloir, en ligne ou en arc de cercle afin que chacun puisse réaliser ce qu’il ou elle a à faire lors de l’apparition des politiques. On peut assister alors à des scènes irréelles – tout le monde est en place au bout du tapis rouge d’entrée à l’extérieur du Salon –, alors que le candidat E. Macron n’est pas encore arrivé (fig. 2).

Fig. 2. En position d’attente des politiques (visite du candidat Emmanuel Macron, 1er mars 2017)

Image 100000000000078000000A006CBF1F18.jpg

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

En plus de ces accords collectifs tacites, réalisés dans les faits, les journalistes peuvent se monter plus actifs vis-à-vis des entourages des politiques. Le dispositif du point-presse est très souvent utilisé : par exemple, lors de la visite de en 2018 en tant que président des Républicains et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez24 tient un point à 10h10 au milieu d’une allée du Salon (fig. 3). Devant l’absence d’un pool organisé et le constat d’un nombre trop important de journalistes qui entourent les politiques, d’autres journalistes demandent aux chargés de communication des politiques – et parfois même exigent – un point-presse, comme ils ont pu le faire et l’obtenir lors de la visite du candidat Benoît Hamon en 2017. Dans ce cas, les journalistes sont positionnés en arc de cercle, face aux personnalités. Selon une durée variable s’échangent questions et réponses qui permettent à chacun de produire des images et du son. Les journalistes peuvent aussi s’appuyer sur les services d’ordre (SO) des partis qui ont un intérêt à ce que la visite se passe au mieux, dans un contexte où la généralisation des smartphones auprès du public rend aussi plus complexe la prise d’image. Les nombreux téléphones portables qui cherchent à filmer rentrent dans le cadre des JRI dont la prise de vue se voit ainsi parasitée. Cette proximité entre les politiques et le public est contrôlée par leur entourage et les services de sécurité. Un cas intéressant est celui du service d’ordre du candidat du Parti socialiste en 2017, B. Hamon. Constitué de militant·e·s, le SO est chargé d’une partie de la protection du candidat et en même temps organise l’accès à sa personne. Ainsi il forme une sorte de couloir au plus près du candidat pour qu’une personne du public puisse se rapprocher, prendre une photo et repartir de suite. C’est certes un angle perdu, mais les journalistes sont néanmoins libérés d’une certaine pression des quidams ainsi orientés dans ce flux. Le SO de Marine Le Pen permet aussi au public favorable à la candidate de venir prendre des photos avec elle.

Fig. 3. Un point-presse (visite de Laurent Wauquiez, le 27 février 2018)

Image 1000000000000A00000007809B1AAD51.jpg

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Par ailleurs, les journalistes mettent en place des stratégies individuelles. Ils demandent régulièrement aux responsables de communication le programme de la visite, quand ils pensent faire une pause, quand ils sont censés repartir ainsi que leurs parcours afin d’anticiper leur positionnement. Comme le SIA se tient sur plus d’une semaine, certains font l’apprentissage des lieux et des routines d’organisation. Un rédacteur de TF1 suggère à son JRI : « Il faut se mettre un stand à l’avance25. » Un journaliste de BFM conseille à un collègue : « Tu suis le mec au drapeau du protocole26, tu te fais pousser sur un stand et comme ça tu auras une belle image27. » Une autre stratégie consiste dans le fait de tourner des images en décalé avec le passage des politiques. Délaissant le groupe, les journalistes de télévision interviewent ceux et celles avec qui ils se sont entretenus. Ils refont d’une certaine manière l’échange tout en leur permettant de faire un sujet sur les réactions du public ou des agriculteurs. De manière quasi systématique dans le hall 1, les éleveur·se·s sont invité·e·s à réagir de manière répétée à leur rencontre avec les politiques, comme ce cas d’éleveurs du Limousin venant s’entretenir avec M. Le Pen au sujet de la politique agricole commune (fig. 4) : pour BFM, pendant cette visite de la candidate du Rassemblement bleu Marine, une équipe tourne en direct, et une autre interroge après coup les éleveurs qu’elle a rencontrés.

Fig. 4. Des interviews après le passage des politiques (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Image 1000000000000A000000078091BC408A.jpg

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

3. Nouvelles modalités de couverture télévisuelle des visites politiques

3.1. Un nouvel impératif : « La captation, c’est l’audience »

Depuis quelques années, l’irruption des chaînes d’information en continu contribue à transformer les modalités concrètes de travail des journalistes de télévision. Ceux-ci doivent être présents et sur le qui-vive pour ne pas « louper “l’image” », ce qui réduit d’autant leur autonomie professionnelle vis-à-vis du choix des sujets et de l’angle sous lequel ils sont traités. Ces injonctions à obtenir continuellement de l’image et du son proviennent des règles imposées au sein des chaînes d’information en continu, au sein desquelles il est demandé un direct au journaliste toutes les trente minutes.

Cette tendance s’accroît aussi par l’évolution des moyens techniques. En effet, les images peuvent être à présent transmises en direct grâce aux boîtiers Aviwest qui permettent la compression de ces images avec le réseau cellulaire fourni par des clés 4G (sauf en cas d’absence de signal téléphonique). Le boîtier peut transmettre presque en temps réel les images que le JRI tourne, ce qui a supprimé les personnels en charge des cars de transmission. L’usage des hautes fréquences pendant le SIA tient au fait que les équipes rédactionnelles anticipent la présence excessive de portables au même endroit, ce qui peut venir compliquer l’utilisation de la 4G. Cette transformation technologique a des effets importants sur le travail journalistique pour toutes les télévisions, comme le montre cette analyse d’un journaliste de TF1 :

« La baisse du temps de travail, c’est la baisse du journalisme. On fait de la captation, le journaliste en plateau raconte ce qui se passe à l’image. Il faut être tout le temps partout au cas où. Si on ne l’a pas, ce n’est pas grave. Tu fais des planques au QG de Macron pour savoir ses éventuels soutiens. Mais si arrive le chef de cabinet, ou un député, le journaliste ne sait pas de qui il s’agit. Il y a trois entrées, donc on met trois journalistes. On met une caméra pour faire de la captation. Le boulot de journaliste se fait hors actualité chaude. La captation, c’est l’audience. »

De manière contre-intuitive, l’imposition du direct vient commander de plus en plus en amont les angles sous lesquels les sujets sont traités. Il conforte le pouvoir des rédactions en chef. Par exemple, un journaliste rédacteur de BFM doit expliquer dans son sujet « pourquoi la candidature de Benoit Hamon peine à décoller dans les sondages ». Le cadre est fortement contraint par les équipes éditoriales (Breed 1955, Berthaut 2013) qui décident en amont des hiérarchies entre les sujets mais aussi entre les candidats. Même pendant le tournage, les angles changent peu et sont déterminés à distance. Ces nouvelles pratiques laissent très peu de marges de manœuvre aux journalistes et constitue une rupture pour des journalistes télévisuels qui avaient parfois encore une relative capacité à déterminer et à proposer des angles à leur rédaction en lien avec les événements suivis. C’est aussi le statut même des images qui changent : les rushes tendent à disparaître au profit des inputs, le montage s’effectue en direct28. Ces logiques professionnelles de captation en continu des chaînes d’info sont liées pour les autres JRI à des questions de générations ou de formation. En 2017, un journaliste de TF1 note : « Je ne sais pas si c’est une question de génération, mais il y a un problème avec BFM. » La journaliste d’Aptv news répond : « Ils ne sont pas formés de manière adéquate. Ils filment tout. Ils ne savent pas ce dont ils ont besoin. Ils ont une pression de malade et, du coup, sont mal formés. » Le premier raconte le cas où il a dû mettre sa caméra sur celle d’un journaliste de BFM qui ne laissait pas sa place en l’écrasant pour pouvoir capter son image de manière propre29. Il s’agit pourtant de nouvelles logiques de production des images provenant des chaînes d’information en continu qui impactent l’ensemble des journalistes télévisuels et qui viennent transformer les normes professionnelles.

3.2. Stratégies de communication politiques

Les politiques ne sont pas démunis face à la mobilisation des journalistes télévisuels. On note en effet des stratégies multiples pour influencer la couverture des visites. À cette communication « grand public » s’ajoute celle adressée aux militants.

Le cas de la visite au Salon de l’agriculture nous donne à voir que les relations entre politiques et journalistes s’inscrivent dans un continuum30 : entre un pool présidentiel où le politique contrôle le plus les journalistes et des cas de désintérêt médiatique pour des politiques qui se plient pourtant aux rituels. Le suivi médiatique est en effet inégalitaire. Le président de la République dispose d’un pool dit « présidentiel » qui est composé de journalistes seul·e·s autorisé·e·s à être au plus près lors de ses déplacements, excluant le reste de la profession renvoyé en dehors du système de sécurité. Un pool mélange donc un jeu d’accréditations supplémentaires31 avec des phénomènes de coopérations imposées dans un univers télévisuel pourtant très concurrentiel (Bourdieu 1996). Il implique une mutualisation des productions journalistiques (images, sons, photos, notamment) des accrédité·e·s en direction du reste du groupe professionnel. La taille du pool a été réduite sous la nouvelle présidence d’E. Macron. Dans le pool de télévision, seul·e·s des journalistes de TF1 et de France 2 sont autorisé·e·s à le suivre. Ils et elles portent, comme leurs confrères en 2017, des chasubles bleues avec le sigle « presse » ou des brassards bleus « pool » sous E. Macron en 2018 et 2019. Cela permet l’identification rapide, par les services d’ordre, des journalistes habilité·e·s à être (ou non) présent·e·s dans le cercle rapproché du président de la République. Le président bénéficie de forces de l’ordre dédiées, le groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) auxquelles s’ajoutent des CRS32, des gendarmes, des policiers des arrondissements proches ou de la préfecture de police de Paris33. À l’autre bout du continuum, la couverture vient redoubler médiatiquement des inégalités de notoriété dans le champ politique, selon un processus bien connu (Darras, 1995). En effet, peu nombreux sont les candidats en 2017 qui ont droit à un sujet dédié à leur passage dans le cadre du journal télévisé : sont ainsi exclus les candidats jugés comme secondaires car notés comme faibles dans les intentions de vote dans les sondages : François Asselineau (Union Populaire Républicaine), Jean Lasalle (Résistons !), Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) ou Rama Yade (La France qui ose).

Les politiques et leur entourage déploient un certain nombre de stratégies pour contrôler leur image. Le pool constitue une réduction du risque symbolique encouru par les présidents. E. Macron, candidat en 2017, avait reçu un œuf lancé par quelqu’un du public. Présent en même temps que F. Fillon en visite houleuse le jour de la convocation chez le juge (Chupin & Mayance 2018), il bénéficiait d’une moindre présence de journalistes et de la sécurité. De retour en 2018 en tant que président, on assiste à un renforcement du rôle du pool et du contrôle des images. Le déploiement des forces de l’ordre est massif. En plus des services rapprochés, il est accompagné de plus de deux-cent-cinquante policiers, qui se déploient en fin de matinée après les premiers accrochages avec des représentants syndicaux agricoles qui troublent sa visite avec des sifflets. En 2019, le dispositif est mis en œuvre dès son arrivée au Salon pour sa visite record de 14h40. En plus du premier cordon de sécurité qui limite l’accès aux journalistes accrédités du pool, un deuxième cordon est mis en place. Les journalistes de télévision hors pool sont éloignés plus que d’habitude du groupe présidentiel, et sont donc mis dans une impossibilité matérielle de tourner des images du président, rompant l’accord tacite de publicité entre le chef de l’État et les médias. En 2018, alors que les policiers repoussent les caméras, un JRI les interpelle : « Il y a trop de com’, il y a une trop grosse bulle [no man’s land entre les deux cordons de sécurité]. Ce n’est pas bon de détourner les journalistes qui vont aller ailleurs.34 » Il est pourtant condamné à rester au cas où. En pratique, les seules images disponibles sont majoritairement celles produites par le pool, uniformisant ainsi la couverture médiatique télévisuelle.

Finalement, cet encadrement par les services de protection rend possible une mise en scène de la proximité alors que, paradoxalement, personne (de non autorisé) ne peut, dans les faits, accéder au président. Les journalistes du pool saisissent ainsi en live les interactions en apparence spontanées du président de la République et peuvent retenir dans leur commentaire le fait qu’il va « au-devant des gens ordinaires » ou « à la rencontre des agriculteur·rice·s ». Il pose en photo avec des enfants, se laisse embrasser, serre des mains. Le cadrage sur le risque symbolique de sa visite tenu le matin même en 2018 sur BFM apparaît donc comme largement construit. Les opposant·e·s peuvent très difficilement l’approcher. De plus, pour limiter ce risque, le président de la République est venu le matin avec une trentaine de supporters afin de le soutenir en « faisant la claque35 ». Ils et elles sont à nouveau présent·e·s en 2019. Se réunissant près de la porte de Versailles, on leur distribue des places pour rentrer au Salon. Ils et elles se positionnent au plus proche du président en tant que « public » et l’accompagnent dans une grande partie de sa visite, applaudissant ou criant « Macron, tiens bon ! ». E. Macron peut ainsi battre sans grande adversité le record de présence au Salon en y restant plus de douze heures en 2018.

Par leur abondance, notamment lorsque plusieurs équipes opèrent pour un même média, les journalistes sont poussés à se reporter sur les périphéries du cortège. Les mouvements politiques fournissent alors à travers les supporters élu·e·s ou les militant·e·s des occasions de réaliser des images et des sons avec ces doublures des têtes d’affiche. C’est le cas, pendant la visite de M. Le Pen le 28 février 2017, de Marion Maréchal Le Pen, à une dizaine de mètres de la candidate et hors du premier cercle des journalistes (fig. 5)36. La présence inattendue d’autres politiques permet aux JRI de proposer d’autres sujets, et à ces politiques d’intervenir à distance dans un échange de petites phrases avec les personnalités dont la visite était prévue. Ainsi la mise en place de la double nasse autour du président E. Macron en février 2018 a favorisé une certaine dispersion des journalistes, dont certains sont tombés sur le député de la France insoumise Alexis Corbière en visite au Salon avec sa famille.

Enfin, les politiques organisent leur communication grâce à mais aussi pour leurs militant·e·s. Lors des présidentielles de 2017, les petits candidats tentent d’exister médiatiquement. François Asselineau, peu connu à l’époque dans les grands médias37, réalise sa visite le premier jour du Salon. Bien que seul candidat présent le samedi (F. Hollande, le président sortant est présent la matinée), il n’est suivi par aucun journaliste. Les seuls preneurs d’image et de son qui le suivent sont deux militants de son mouvement qui le filment. La présence de ces caméras interpelle plusieurs personnes parmi le public du Salon qui, à son passage, se demandent qui il est. J. Cheminade est également peu suivi par des journalistes, hormis ceux (Public Sénat, une équipe de France 3) qui ont pour objectif alors de réaliser un sujet sous l’angle des « petits candidats en campagne » en 2017. Plus généralement, l’entourage des politiques produit des photos, parfois des sons et des images qui servent à alimenter les outils numériques (site dédié, YouTube, Twitter, etc.) tant en période ordinaire qu’en période de campagne (Greffet 2011). Ils fournissent ainsi de l’information aux journalistes, mais aussi à leurs militant·e·s et soutiens qui peuvent suivre l’activité des politiques.

Fig. 5. Cohue sur la candidate et interview en parallèle de Marion Maréchal (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Image 1000000000000A0000000780AE84D377.jpg

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Conclusion

Les visites du Salon permettent d’appréhender l’importance d’un événement politique en termes de production collective. Le groupe de la visite est le résultat d’une coproduction entre les organisateur·rice·s du Salon de l’agriculture, les journalistes, les services d’ordre et les communicant·e·s des politiques. Sous sa forme la plus organisée, elle se dénomme pool, mais le suivi journalistique plus ordinaire n’est pas dénué pour autant de codes.

S’il n’y a pas tellement de différences entre les images médiatiques produites, c’est notamment parce que ces biens symboliques dépendent d’un sens pratique journalistique activé en temps réel et de commandes éditoriales. Le cadrage reste surdéterminé par la forme de la visite au Salon. La contrainte de l’immédiateté s’impose dans les pratiques et les corps des journalistes de télévision et s’étend aux autres médias. Cette contrainte est aussi intégrée par les politiques et leurs entourages.

Cet article renseigne sur le traitement de la campagne électorale et des nouveaux contrôles de la médiatisation. De ce point de vue, il contribue à l’étude des formes ritualisées de la vie politique. Il participe également à l’analyse de la transformation des conditions de travail journalistiques, plus intenses et désormais soumises au mode continu de l’information. En effet, ce cas permet de questionner l’émergence d’un modèle de journaliste-animateur en direct qui tend à s’imposer à l’ensemble du champ journalistique sous l’effet de la récente hégémonie des nouvelles chaînes d’information en continu (BFM, notamment). Si la littérature se concentre le plus souvent sur l’étude de Twitter et du journalisme en ligne, cet article entend souligner tout l’intérêt de travailler à une ethnographie du travail journalistique sur le terrain, hors des salles de rédaction.

1 Voir encadré sur le terrain et la méthode.

2 On ne note que quelques rares exceptions portant sur les institutions européennes (Baisnée & Marchetti 2002).

3 Pendant longtemps les chaînes de télévision sont, en France, peu nombreuses et principalement publiques. TF1, lancée en 1975 et privatisée en 1987

4 Entretien avec Jean-Luc Poulain, directeur du CENECA, le 4 mars 2017.

5 Concernant ces deux logiques, voir Chupin & Mayance 2018b.

6 À travers leurs interprofessions : le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (CNIEL), l’Office national interprofessionnel du

7 La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), les Jeunes agriculteurs (JA), la Coordination rurale (CR), la Confédération

8 Les syndicats agricoles sont un peu plus « ouverts » sur le Salon public. Seule la FNSEA dispose de deux salons, dont l’un sur la terrasse du toit

9 Si la plupart des parcours se ressemblent, on peut néanmoins noter des différences (comme par exemple rencontrer la Confédération Paysanne ou non).

10 Son père est Jean-Marie Le Pen, qui a été président du Front national (FN) à partir de 1972 et jusqu’à l’élection de sa fille en 2011.

11 Marine Le Pen est parfois dénommée par son seul prénom, notamment par ses soutiens et électeurs. Cet usage a plusieurs effets : cela produit une

12 Journal télévisé, 20 heures de TF1, le 28 février 2017.

13 Journal télévisé, 13 heures de TF1, le 25 février 2017.

14 Journaux télévisés, 20 heures de France 2 et TF1, le 28 février 2017.

15 Plus rares sont les politiques qui se font filmer avec des chiens, avec des chevaux ou encore des lapins présents dans deux autres autre halls.

16 Journal télévisé, 20 heures de France 2, le 25 février 2017.

17 À chaque édition est désormais associée une vache-égérie qui permet d’ « incarner » le Salon dans la communication à destination du grand public.

18 Journal télévisé, 13 heures de TF1, le 25 février 2017.

19 Avocat engagé en politique, Gilbert Collard se rapproche du Front national dans les années 2010 et participe de la stratégie de « dédiabolisation »

20 Proche de M. Le Pen à la faveur de son rôle dans sa campagne présidentielle de 2012, Florian Philippot est poussé au départ du FN fin 2017 après la

21 Le JRI dispose en France d’une carte de presse et est donc un journaliste à part entière. Chargé de la prise d’images et du son (parfois épaulé par

22 Note de terrain, visite de M. Le Pen, 28 février 2017.

23 On entend par pure player, dans le domaine de l’information, une entreprise qui est à 100 % en ligne et ne diffuse son contenu que sur internet (

24 Laurent Wauquiez est alors président du parti gouvernemental de droite Les Républicains (décembre 2017-juin 2019). Ancien membre de gouvernements

25  Note de terrain, visite de M. Le Pen, 28 février 2017.

26 Ce que le journaliste désigne comme le « drapeau du protocole » fait référence au plan enroulé que certains membres du protocole du SIA tiennent au

27  Note de terrain, visites d’E. Macron et de F. Fillon, le 1er mars 2017.

28 Les rushes désignent l’ensemble des séquences d’images tournées par les journalistes sur un reportage, images qui font ensuite l’objet d’un montage

29 Notes de terrain, venue de M. Le Pen, 28 février 2017.

30 Voir notamment le cas de l’annulation puis de la visite de F. Fillon lors des présidentielles de 2017 (Chupin & Mayance 2018a).

31 En sociologie, l’accréditation de journalistes spécialisés et ses effets symboliques a bien été étudiée (Haegel 1992, Lévêque 1992, Marchetti, 2002

32 En France, les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) sont des policiers spécialisés dans le maintien de l’ordre. Elles sont notamment

33 Sur instruction du ministère de l’Intérieur, d’autres candidats bénéficient également d’une protection rapprochée, notamment en période électorale

34 Note de terrain, visite d’E. Macron, 24 février 2018.

35 On retrouve des techniques anciennes, mises au jour par N. Mariot, 2006.

36 En 2019, ce rôle est joué par Thierry Mariani (ancien RPR-UMP-LR) qui a rejoint la liste européenne du Rassemblement national (RN) en position

37 Il ne dispose pas encore des 500 signatures et n’a pas participé au débat avec les autres candidats.

Baamara Layla, Floderer Camille, Poirier Marine (dir.) (2017). Faire campagne, ici et ailleurs : mobilisations électorales et pratiques politiques ordinaires. Paris, Karthala.

Baisnée Olivier & Marchetti Dominique (2002). « L’économie de l’information en continu. À propos des conditions de production dans les chaînes d’information en général et à Euronews en particulier ». Réseaux, 114 : 181-214.

Berthaut Jérome (2013). La Banlieue du « 20 heures ». Ethnographie d’un lieu commun journalistique. Marseille, Agone.

Boczkowski Pablo J. (2004). Digitizing the News : Innovation in Online Newspapers. Cambridge, MIT Press.

Boczkowski Pablo J. (2015). « The Material Turn in the Study of Journalism : Some Hopeful and Cautionary Remarks from an Early Explorer ». Journalism, 16(1) : 65-68.

Boczkowski Pablo J. & Anderson Christopher William (dir.) (2017). Remaking the News Essays on the Future of Journalism Scholarship in the Digital Age. Cumberland, MIT Press.

Bourdieu Pierre (1996). Sur la télévision. Paris, Seuil.

Breed Warren (1955). « Social Control in the Newsroom : A Functional Analysis ». Social Forces, 33(4) : 326-335.

Cottle Simon (2000). « New(s) Times : Towards a “Second Wave” of News Ethnography ». Communications, 25(1) : 19-41.

Champagne Patrick (1990). Faire l’opinion : le nouveau jeu politique. Paris, Minuit.

Charon Jean-Marie & Mercier Arnaud (dir.) (2004). Armes de communication massives. Informations de guerre en Irak, 1991-2013. Paris, CNRS éditions.

Chupin Ivan & Mayance Pierre (2018a). « Quand le temps politique s’impose au temps médiatique. La visite du candidat F. Fillon au Salon international de l’agriculture ». In Marrel Guillaume & Payre Renaud (dir.), Temporalité politique. Le temps dans l’action politique. Louvain-la-Neuve, De Boeck : 71-84.

Chupin Ivan & Mayance Pierre (2018b). « Des rencontres discrètes. Journalistes, politiques et groupes d’intérêt au Salon international de l’agriculture ». Savoir/Agir, 46 : 75-81.

Christin Angèle (2014). Between Clicks and Pulitzers : Web Journalists and their Work in the United States and France. Thèse de doctorat en sociologie. Princeton, Princeton University.

Darras Éric (1995). « Le pouvoir “médiacratique” ? Les logiques du recrutement des invités politiques à la télévision ». Politix, 30 : 83-198.

Devillard Valérie, Lafosse Marie-Françoise, Leteinturier Christine, Rieffel Rémy (2001). Les Journalistes français à l’aube de l’an 2000. Profils et parcours. Paris, Éditions Panthéon-Assas.

Duhamel Olivier & Field Michel (2005). Le Starkozysme. Paris, Seuil.

Gans Herbert J. (1979). Deciding What’s News : A Study of CBS Evening News, NBC Nightly News, Newsweek, and Time. New York, Pantheon.

Gatien Emmanuelle (2009). « “Un peu comme la pluie”. La co-production relative de la valeur d’information en temps de guerre ». Réseaux, 157-158 : 61-88.

Gerstlé Jacques & Piar Christophe (2016). La Communication politique. Paris, Armand Colin.

Greffet Fabienne (2011). Continuerlalutte.com. Les partis politiques sur le web. Paris, Presses de Sciences-Po.

Haegel Florence (1992). « Des journalistes “pris” dans leur source. Les accrédités à l’Hôtel de Ville de Paris, Abstract ». Politix, 19 : 102-119.

Herpin Nicolas (2006). Le Pouvoir des grands. Paris, La Découverte.

Hubé Nicolas (2008). Décrocher la une. Le choix des titres de première page de la presse quotidienne en France et en Allemagne (1945-2005). Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg.

Kaciaf Nicolas (2013). Les Pages « Politique ». Histoire du journalisme politique dans la presse française (1945-2006). Rennes, Presses universitaires de Rennes.

Legavre Jean-Baptiste (1992). « “Off the record”. Mode d’emploi d’un instrument de coordination ». Politix, 19 : 135-158.

Legavre Jean-Baptiste (2011). « Entre conflit et coopération. Les journalistes et les communicants comme “associés rivaux” ». Communications et langage, 169 : 105-123.

Leteinturier Christine (2014). Les Journalistes français et leur environnement. Le cas de la presse d’information générale et politique. Paris, Éditions Panthéon-Assas.

Lévêque Sandrine (1992). « La conférence de presse. Les transactions entre syndicalistes et journalistes sociaux ». Politix, 19 : 120-134.

Lindner Andrew M. (2009). « Among the Troops : Seeing the Iraq War Through Three Journalistic Vantage Points ». Social Problems, 56(1) : 21-48.

Mac Laughlin Greg (2016) [2002]. The War Correspondent. Chicago, Pluto Press.

Marchetti Dominique (2002). « Les sous-champs spécialisés du journalisme ». Réseaux, 111 : 22-55.

Mariot Nicolas (2006). Bains de foule : les voyages présidentiels en province, 1888-2002. Paris, Belin.

Mariot Nicolas (2007). C’est en marchant qu’on devient président. La République et ses chefs de l’État, 1848-2007. Montreuil, Aux lieux d’être.

Mille Muriel (2016). « Le processus collectif de création d’un feuilleton télévisé ». Sociétés contemporaines, 101 : 91-114.

Neveu Erik (2009). Sociologie du journalisme. Paris, La Découverte.

Pasquier Dominique (2008). « Conflits professionnels et luttes pour la visibilité à la télévision française ». Ethnologie française, 38 : 23-30.

Schlesinger Philip (1978). Putting « Reality » Together : BBC News. Londres, Constable.

Siracusa Jacques (2001). Le JT, machine à décrire. Sociologie du travail des reporters de télévision. Bruxelles, De Boeck.

Tuchman Gaye. (1973). « Making News by Doing Work : Routinizing the Unexpected ». American Journal of Sociology, 79(1) : 110-131.

Tuntstall Jeremy (1971). Journalists at Work. Londres, Constable.

Wacquant Loïc (2002). Corps et âmes, carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur. Marseille, Agone.

Warner Malcolm (1971). « Organisational context and control of policy in the television newsroom : A participant observation study ». British Journal of Sociology, 22(3) : 283-294.

1 Voir encadré sur le terrain et la méthode.

2 On ne note que quelques rares exceptions portant sur les institutions européennes (Baisnée & Marchetti 2002).

3 Pendant longtemps les chaînes de télévision sont, en France, peu nombreuses et principalement publiques. TF1, lancée en 1975 et privatisée en 1987, continue à obtenir les meilleures audiences. Renommée en 1992, France 2 reste sa principale concurrente. BFM est une chaîne d’information en continu privée. Elle est arrivée sur les ondes en 2005 avec la mise en place de la TNT (télévision numérique terrestre) qui offre gratuitement aujourd’hui vingt-sept chaînes.

4 Entretien avec Jean-Luc Poulain, directeur du CENECA, le 4 mars 2017.

5 Concernant ces deux logiques, voir Chupin & Mayance 2018b.

6 À travers leurs interprofessions : le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (CNIEL), l’Office national interprofessionnel du bétail et des viandes (ONIBEV), l’Interprofession de la filière des Fruits et Légumes Frais (Interfel) ou encore l'Interprofession nationale porcine (Inaporc), mais aussi les Brasseurs de France ou les Vignerons indépendants.

7 La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), les Jeunes agriculteurs (JA), la Coordination rurale (CR), la Confédération paysanne et le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef).

8 Les syndicats agricoles sont un peu plus « ouverts » sur le Salon public. Seule la FNSEA dispose de deux salons, dont l’un sur la terrasse du toit du stand où davantage de personnes peuvent s’entretenir, autour d’une table d’une dizaine de places.

9 Si la plupart des parcours se ressemblent, on peut néanmoins noter des différences (comme par exemple rencontrer la Confédération Paysanne ou non). C’est une manière pour les politiques d’envoyer des signaux sur les modèles d’agriculture qu’ils défendent dans leurs programmes ou sur des clientèles électorales qu’ils entendent plus spécialement cibler.

10 Son père est Jean-Marie Le Pen, qui a été président du Front national (FN) à partir de 1972 et jusqu’à l’élection de sa fille en 2011.

11 Marine Le Pen est parfois dénommée par son seul prénom, notamment par ses soutiens et électeurs. Cet usage a plusieurs effets : cela produit une certaine proximité et familiarité tout en passant sous silence le nom de Le Pen, qui joue comme un stigmate. À partir des législatives de 2012, le Front national s’affiche dans le cadre d’une coalition plus large au sein du Rassemblement bleu Marine (dissous après « l’échec » des présidentielles de 2017). En 2018, le FN change de nom et devient le Rassemblement national (RN).

12 Journal télévisé, 20 heures de TF1, le 28 février 2017.

13 Journal télévisé, 13 heures de TF1, le 25 février 2017.

14 Journaux télévisés, 20 heures de France 2 et TF1, le 28 février 2017.

15 Plus rares sont les politiques qui se font filmer avec des chiens, avec des chevaux ou encore des lapins présents dans deux autres autre halls.

16 Journal télévisé, 20 heures de France 2, le 25 février 2017.

17 À chaque édition est désormais associée une vache-égérie qui permet d’ « incarner » le Salon dans la communication à destination du grand public. Cette vache n’est pas prise au hasard : le choix répond à divers critères de valorisation de telle ou telle race qui font varier également la taille des exploitations.

18 Journal télévisé, 13 heures de TF1, le 25 février 2017.

19 Avocat engagé en politique, Gilbert Collard se rapproche du Front national dans les années 2010 et participe de la stratégie de « dédiabolisation » du parti d’extrême droite engagé par Marine Le Pen et son entourage. Il est élu député en 2012 et réélu en 2017.

20 Proche de M. Le Pen à la faveur de son rôle dans sa campagne présidentielle de 2012, Florian Philippot est poussé au départ du FN fin 2017 après la création de son propre mouvement, Les Patriotes, et suite à des tensions au sein de la direction du parti.

21 Le JRI dispose en France d’une carte de presse et est donc un journaliste à part entière. Chargé de la prise d’images et du son (parfois épaulé par un perchiste), il peut aussi être amené à assurer le montage des sujets. Il est souvent accompagné par un rédacteur-reporter qui pose les questions et apparaît à l’écran.

22 Note de terrain, visite de M. Le Pen, 28 février 2017.

23 On entend par pure player, dans le domaine de l’information, une entreprise qui est à 100 % en ligne et ne diffuse son contenu que sur internet (comme, en France, le cas de Mediapart).

24 Laurent Wauquiez est alors président du parti gouvernemental de droite Les Républicains (décembre 2017-juin 2019). Ancien membre de gouvernements et député, il dirige le Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016.

25  Note de terrain, visite de M. Le Pen, 28 février 2017.

26 Ce que le journaliste désigne comme le « drapeau du protocole » fait référence au plan enroulé que certains membres du protocole du SIA tiennent au-dessus de leur tête afin de montrer le chemin que le groupe doit emprunter dans les allées du Salon.

27  Note de terrain, visites d’E. Macron et de F. Fillon, le 1er mars 2017.

28 Les rushes désignent l’ensemble des séquences d’images tournées par les journalistes sur un reportage, images qui font ensuite l’objet d’un montage a posteriori. Les inputs désignent le flux d’images en continu qui sont diffusées en temps réel. Le montage s’effectue sur le choix des flux.

29 Notes de terrain, venue de M. Le Pen, 28 février 2017.

30 Voir notamment le cas de l’annulation puis de la visite de F. Fillon lors des présidentielles de 2017 (Chupin & Mayance 2018a).

31 En sociologie, l’accréditation de journalistes spécialisés et ses effets symboliques a bien été étudiée (Haegel 1992, Lévêque 1992, Marchetti, 2002).

32 En France, les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) sont des policiers spécialisés dans le maintien de l’ordre. Elles sont notamment mobilisées lors des manifestations et des conflits sociaux.

33 Sur instruction du ministère de l’Intérieur, d’autres candidats bénéficient également d’une protection rapprochée, notamment en période électorale (M. Le Pen, E. Macron, F. Fillon, B. Hamon, J.-L. Mélenchon en 2017).

34 Note de terrain, visite d’E. Macron, 24 février 2018.

35 On retrouve des techniques anciennes, mises au jour par N. Mariot, 2006.

36 En 2019, ce rôle est joué par Thierry Mariani (ancien RPR-UMP-LR) qui a rejoint la liste européenne du Rassemblement national (RN) en position éligible.

37 Il ne dispose pas encore des 500 signatures et n’a pas participé au débat avec les autres candidats.

Fig. 1. Une intense présence journalistique (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Fig. 1. Une intense présence journalistique (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Fig. 2. En position d’attente des politiques (visite du candidat Emmanuel Macron, 1er mars 2017)

Fig. 2. En position d’attente des politiques (visite du candidat Emmanuel Macron, 1er mars 2017)

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Fig. 3. Un point-presse (visite de Laurent Wauquiez, le 27 février 2018)

Fig. 3. Un point-presse (visite de Laurent Wauquiez, le 27 février 2018)

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Fig. 4. Des interviews après le passage des politiques (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Fig. 4. Des interviews après le passage des politiques (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Fig. 5. Cohue sur la candidate et interview en parallèle de Marion Maréchal (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

Fig. 5. Cohue sur la candidate et interview en parallèle de Marion Maréchal (visite de la candidate Marine Le Pen, 28 février 2017)

© Ivan Chupin et Pierre Mayance

Ivan Chupin

Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines – Professions, institutions, temporalités (Printemps)

Pierre Mayance

Université Paris 1 – Centre européen de sociologie et de science politique (Cessp)

© Presses Universitaires de Vincennes 2020